samedi 23 janvier 2010

Pour un journalisme d'éducation permanente

Saviez-vous qu’Hugo Chavez était un chanteur de rock, Mohamed ElBaradei, un terroriste trop longtemps emprisonné à Guantanamo, et Jean-Michel Javaux, le ministre belge des Affaires étrangères ?

Telles sont quelques-unes des perles que m’ont offertes, au début de l’année scolaire, sur les plateaux de leurs copies, les 63 étudiants à qui je donnais cours de Relations internationales.

Et ce n’est pas tout : 56 % ignoraient à quel pays renvoyait le terme « Hexagone », 37% ne connaissaient pas la capitale de l’Afghanistan, et plus grave encore, 21 % d’entre eux ne savaient pas ce qu’était l’Holocauste ou la Shoah ! Si, si, vous avez bien lu !

Pourtant, les auteurs de ces (non) réponses ont tous en poche un diplôme de l’enseignement secondaire ! Ils ont de surcroît choisi de poursuivre des études en Coopération internationale.

Voilà qui m’avait fortement interpellée ! Au cours du premier trimestre, j’ai dès lors mis toute mon énergie à essayer de faire progresser leurs connaissances. D’autant que ces étudiants sont majoritairement sympas, participatifs, qu’ils posent sans arrêt des questions et semblent réellement désireux d’apprendre et de comprendre les grands enjeux de notre époque. Pas du tout le profil d’élèves qui n’en auraient « rien à cirer » de ce qu’on leur raconte. Non. Une classe à qui il est réellement agréable de donner cours.

Apparemment, nos efforts communs ont porté leurs fruits : je termine en ce moment la correction des copies d’examens et les résultats sont globalement bons à très bons. Afin de disposer d’« indicateurs de progrès objectivement mesurables », j’ai posé un certain nombre de questions identiques en début d’année scolaire et lors de l’examen final de janvier. Et dans ce dernier, ils sont 100% à savoir ce que veulent dire les termes « Holocauste » et « Shoah » ; 100% aussi à savoir qui est Hugo Chavez (contre 41 % en septembre), ou ce que signifie le sigle ONU (contre 84 % lors du premier test). Seul le score concernant Yves Leterme est un peu moins brillant, puisque 10 % des étudiants ignorent toujours qu’il est le Premier ministre de notre royaume.

Bref, je suis un professeur HEUREUX de cette belle progression !

Mais ce bonheur n’enlève rien à la gravité de la situation. Le test réalisé en septembre montre qu’une fraction importante des élèves qui sortent d’humanités n’a pas les connaissances requises pour comprendre un simple journal télévisé, ni pour jouer correctement son rôle de citoyen.

Alors que faire ? S’il semble difficile d’éluder une réflexion approfondie sur la qualité de notre enseignement primaire et secondaire, il est tout aussi urgent de repenser la pratique du journalisme, en essayant de promouvoir un journalisme d’éducation permanente.

Ce concept, sur lequel je travaille depuis des années et que j’ai essayé de mettre à l’honneur au sein de la revue Enjeux internationaux, consiste à donner aux lecteurs des clés pour mieux comprendre la marche du monde et les grandes questions de notre temps.

Le journalisme d’éducation permanente veille à présenter clairement les différents acteurs d’un événement, à replacer ce dernier dans son contexte, à la fois historique et culturel, économique et politique, et à expliquer les termes qui pourraient ne pas être compris.

« Madame, c’est quoi un minaret ? », m’a demandé discrètement un étudiant, lors de la pause entre deux cours, alors que nous venions de débattre durant plus d’une heure des résultats de la récente votation suisse sur ce sujet.
Pendant une fraction de seconde, je me suis demandé s’il se moquait de moi, mais non ! Mea culpa : j’avoue que si je n’ai pas expliqué ce terme au cours, c’est parce que jamais je n’aurais imaginé qu’un jeune de son âge et de son niveau d’instruction puisse en ignorer la signification.

Ma récente double casquette de professeur et de journaliste s’avère décidément bien utile pour mieux appréhender la réalité des savoirs ! Elle renforce aussi ma conviction qu’un journalisme qui aurait à cœur d’expliquer sans simplisme ce qu’est l’Holocauste, un minaret, un génocide, ou quelle est la différence entre musulman et islamiste, contribuerait à lutter contre une dualisation et une désaffection médiatiques de plus en plus palpables.

Clairement à contre-courant d’une tendance médiatique dominante, qui braque les projecteurs sur la violence, célèbre le people et la frivolité, opte quasi systématiquement pour la mise en scène et la surenchère, le journalisme d’éducation permanente se veut au contraire de qualité sans être élitiste.

C’est donc une philosophie du métier, un état d’esprit, une démarche politique qui favorise et renforce la démocratie, en fournissant aux citoyens les informations et explications nécessaires pour remplir adéquatement leur rôle et participer pleinement à la vie de la cité.

lundi 18 janvier 2010

Aaahhh, si les fonctionnaires adoptaient l’esprit Vitrine magique !

Je ne sais pas vous, mais moi, j’adore parcourir les catalogues de Vitrine magique. Il s’en dégage une véritable poésie, digne d’un Inventaire de Prévert. Un fourmillement d’objets, plus improbables les uns que les autres, y est exposé, dont on se demande au fil des pages comment on a réussi – jusque-là – à s’en passer. Ces gadgets astucieux nous auraient rendu, c’est évident, la vie plus facile : un thermomètre-grenouille qui, grâce à ses ventouses, se fixe sur la vitre, coté extérieur, et vous permet de lire la température sans devoir sortir de chez vous. Une sorte de spatule au long cou, emmanché d’un fin bec, qui permet d’arroser le rôti en cours de cuisson sans se brûler ni salir le four. Un cornet en silicone qui épluche les gousses d’ail sans avoir à les toucher, évitant donc la tenace odeur qui refuse de quitter vos doigts malgré plusieurs lavages. Un moule à former des œufs carrés et son poussoir ergonomique, un sac à doublure noire qui évite la germination des pommes de terre, etc. etc.

Aaahhh, si nos fonctionnaires adoptaient l’esprit Vitrine magique ! Comme la vie en serait changée !

Kafka cesserait d’être l’horizon indépassable de l’administration et l’on y supprimerait avec le sourire les démarches et les formulaires inutiles.

Les fonctionnaires deviendraient de joyeux inventeurs, ayant à cœur de trouver des solutions concrètes aux problèmes des administrés. Tenez, à l’entrée du tunnel de la basilique de Koekelberg, par exemple, un système de signalisation bien placé éviterait désormais aux automobilistes de devoir s’engager dans la descente avant d’apercevoir le bandeau lumineux « Attention, files ! », ce qui, à ce stade, vous en conviendrez, ne sert plus à grand chose, puisqu’il leur est impossible de remonter la pente. Des parkings de dissuasion suffisamment vastes et GRATUITS seraient implantés à proximité des gares (alors qu’aujourd’hui, seul leur prix est dissuasif !). Et tout irait à l’avenant.

La notion de Service public, entendue comme service au public, serait remise à l’honneur. Le goût de l’excellence et de l’innovation, promu. Des bonus, supprimés aux banquiers imp(r)udents), récompenseraient les fonctionnaires soucieux du bien-être des administrés.

Un trait de surréalisme poétique, deux idées génialement simples, trois fois rien en somme, et la vie en serait profondément transformée. Est-il vraiment besoin de baguette ou de Vitrine magique pour y arriver ?

jeudi 4 juin 2009

Ceci n’est pas une lunette de WC

Semences de tournesol, ouvre-boîte, nourriture pour chiens, brouette, fumier, linge de maison, presse-ail, jacuzzi, poison contre les souris, pétunias, géraniums, stores, télévisions et lunettes de WC.

Je vous le donne en mille : qu’ont en commun tous ces objets ? S’agit-il d’une énumération poétique, tout droit sortie d’une séance d’écriture automatique conduite par André Breton dans son fief de Saint-Cirq Lapopie, ce magnifique village médiéval surplombant le Lot ?

A l’heure où l’on inaugure à Bruxelles le nouveau musée Magritte, on serait tenté de passer par le surréalisme pour décoder l’actualité. Pourtant, cette liste n’est pas une poésie post-dadaïste. Aussi incroyable que cela paraisse, il s’agit de quelques-uns des articles que les députés britanniques ont eu le toupet d’introduire en notes de frais.

Mais ce ne sont là que simples broutilles au regard des autres dépenses, bien plus onéreuses, qu’ils ont sans vergogne fait payer par le contribuable. Ainsi, M. Hogg, l’ex-ministre conservateur de l’Agriculture, a-t-il eu le bon goût de se faire rembourser le curage des douves du confortable manoir qui lui sert de seconde résidence.
Le millionnaire travailliste Shaun Woodward, le plus riche ministre du cabinet de M. Brown, qui possède déjà plus d’une demi-douzaine de propriétés, n’a pas hésité, pour sa part, à faire participer ses concitoyens au remboursement de l’emprunt qu’il avait personnellement contracté pour acquérir un flat londonien coûtant la bagatelle de plus d’un million de livres.
Quant au député conservateur Peter Viggers, il a perçu plus de 30.000 livres (34.000 euros) en trois ans pour frais de jardinage, dont 1645 £ pour la construction d’une île flottante pour ses canards !

Cette rocambolesque histoire m'inspire au moins trois réflexions.
La première porte sur l’autisme dans lequel enferme l’exercice du pouvoir. Tenez, quelle a été la réaction des députés britanniques : la confusion ? La honte ? Le repentir ? Vous n’y êtes pas ! Les élus du peuple se sont dits surpris, voire choqués, que les citoyens puissent être scandalisés !
« Il y a un sentiment d’injustice face à la rage de l’opinion publique, souligne un assistant parlementaire de sa gracieuse majesté. Les députés avaient le sentiment d’agir en toute légalité. » Tiens, tiens, ça ne vous rappelle rien ? Un certain M. Donfut, je crois, qui lui non plus n’arrivait pas à se sentir confus ! « Je n’ai rien fait d’illégal » a-t-il répété à la presse, en guise de refrain défensif.

Des deux côtés de la Manche, ce qui semble sans doute le plus sidérant, c’est l’apparente incapacité de nos élus à prendre la mesure de ce que peut ressentir, face à leur comportement, le citoyen moyen qui gagne péniblement 1.300 à 1.500 euros (ou l’équivalent en livres) et subit de plein fouet la crise économique. Comme si les responsables politiques vivaient en vase clos, dans une bulle les isolant de leurs électeurs. Un monde à eux, ouaté, et largement déconnecté du réel.
Le fossé est décidément profond entre le peuple et ses représentants. Le scandale des notes de frais, mis au jour par le Daily Telegraph, n’a fait que le creuser encore davantage. D’autant que le quotidien conservateur publie chaque jour de nouvelles notes, distillant les révélations avec un sens du suspens digne des plus grands romans.

La deuxième réflexion appréhende les conséquences de ce scandale pour la démocratie, minée par l’irresponsabilité de ceux-là mêmes, les élus de la nation, qui en sont l’expression la plus essentielle.

D’autant que le phénomène dénoncé est loin d’être marginal. Sont ici concernés non pas un, deux, ni même trois cas isolés, mais - excusez du peu - plus d’une soixantaine de députés, émanant de surcroît de tous les grands partis représentés à la chambre : travaillistes, conservateurs et libéraux-démocrates. Sans compter le Sinn Fein, lui aussi mouillé jusqu’au cou par des notes de frais d’autant plus abusives que le parti nationaliste irlandais ne siège même pas au Parlement de Westminster.

C’est bien là, dans le caractère épidémique des fraudes, que réside le danger pour la démocratie. Comment éviter les « tous pourris » et autres réactions poujadistes quand un député sur 10 est impliqué, maculé, discrédité ? Les Britanniques se disent écoeurés. Laissant éclater leur colère sur Internet, certains n’hésitent pas à déclarer qu’ils ne paieront plus leurs impôts si ceux-ci doivent servir à enrichir encore davantage un milliardaire, à nettoyer la piscine d’un député ou à élaguer les 500 arbres de sa propriété. Des sondages annoncent de beaux jours pour les partis antiparlementaires et en particulier pour le British National Party, d’extrême droite.

La troisième réflexion concerne dès lors l’urgence d’un retour à plus d’éthique en politique. L’adoption de règles de conduite claires et précises et de mesures de contrôle s’impose pour remettre de l’ordre et de la décence dans les écuries d’Augias. Mais elles seront inévitablement contournées si les partis politiques n’édictent pas une morale de la responsabilité.
La corruption a existé de tous temps et sous tous les régimes. Mais comment s’étonner de la voir prospérer davantage dans des sociétés qui ont fait de l’argent leur veau d’or ? Le culte de la richesse et son corollaire, l’acceptation d’inégalités indécentes, est incompatible avec une réelle démocratie.

Cette surréaliste histoire de corruption est, d’une certaine manière, l’allégorie d’un dysfonctionnement beaucoup plus vaste : celui d’un modèle économique et social devenu fou. Le système sur lequel les députés britanniques indélicats surfent est précisément celui qui a produit les subprimes pour les pauvres et les surprimes pour les riches, les parapluies troués pour les chômeurs et les parachutes dorés pour les directeurs.

« Il n’y a plus de politiques, il n’y a plus que des politiciens. (…) Il n’y a plus d’autre pouvoir que celui de l’argent », déplorait Emmanuel Mounier. Il est temps de remettre à l’honneur d’autres valeurs, moins matérialistes : respect du bien commun, engagement au service du public et sens de l’Etat. Bref de réhabiliter la Res publica, dans toute sa grandeur et son désintéressement.

jeudi 9 avril 2009

Quand les médias poussent à la violence

Strasbourg, début avril 2009. Pour son 60e anniversaire, l’OTAN bénéficie de la présence d’un hôte de marque, Barack Obama.
Loin de se laisser démonter, le collectif anti-OTAN, soigneusement tenu à l’écart des petits fours et des grands discours, mène campagne contre le retour de la France dans le commandement militaire intégré de l’organisation.
Venus de plusieurs pays, issus de diverses mouvances, des manifestants pacifistes expriment leur désaccord par rapport à cette institution qu’ils ont rebaptisée ‘Organisation Terroriste de l’Atlantique Nord’. Et organisent dans les rues des cortèges et des sit-in autour de drapeaux arc-en-ciel fleuris du mot « Peace ».
Mais avez-vous vu sur votre petit écran les images de ces rassemblements non-violents ? Non. Ou quasi pas. Les télévisions du monde entier ont essentiellement – voire exclusivement – montré des casseurs mettre le feu à un hôtel, démolir un ancien poste des douanes, ou s’en prendre aux forces de l’ordre à coups de cocktails Molotov et de pavés. Des scènes d’une violence inouïe ont ainsi fait irruption dans nos salons, comme ces manifestants cagoulés fonçant vers une jeep de police et enfonçant un énorme pieu pointu en plein milieu du pare-brise !
Ce sont les black block, ces membres de groupes radicaux, qui ont capté – accaparé faudrait-il dire - l’attention de tous les médias. Au détriment des pacifistes, littéralement gommés de l’actualité.
Savez-vous précisément pourquoi ces derniers manifestaient ? Leur a-t-on tendu le micro pour exprimer leurs positions? Vous a-t-on montré leurs slogans : « Pourquoi Otan de sacrifices ? / Les seules solutions : la paix et la non-violence. / Otan remballe tes missiles. / Ou encore : Guerres trop chères : dépenses militaires mondiales en 2007 : 1339 milliards de $ » ?
Je ne dis pas qu’il ne fallait pas montrer les casseurs. C’est, évidemment, une information importante. Et le fait que plusieurs télévisions se soient posé la question de savoir qui étaient les black bock et leur aient consacré une séquence apportait un indéniable « plus ».
Mon propos n’est pas non plus de relayer les thèses anti-OTAN, mais bien de regretter le caractère franchement déséquilibré de la couverture audiovisuelle de cet événement. La plupart des télévisions européennes n’ont en effet pas consacré une seule séquence aux pacifistes. Et quand une camera a balayé leur cortège, c’est très furtivement, avant de revenir aussitôt sur les casseurs.
Moralité ? 1) La couverture de cette actualité par la plupart des JT fournit une image tronquée de la réalité, qui donne, une fois de plus, aux téléspectateurs l’impression que tout n’est que violence.
2) Si vous voulez passer à la télé, mieux vaut casser, incendier, tabasser des policiers que de protester calmement. Un bien désastreux message !

La Libre Belgique et la chatte d'Ophélie Winter

Dans tous les débats qui ont eu lieu ces derniers mois concernant l’avenir de la presse écrite, de l’information et des journalistes, ce qui est cocasse, c’est que tous les responsables de journaux réaffirment la nécessité d’une presse « de qualité ». Et s’en revendiquent. Alors même qu’on en est souvent bien loin !
Tenez, cette fameuse dégradation vers le people, le bling-bling et la bang-bang : et bien, même des quotidiens dit ‘sérieux’ s’y adonnent joyeusement ! Sur le site de La Libre Belgique, ce 3 avril 09, en page d’accueil, colonne de droite, les vidéos de La Libre. Au nombre de 4 aujourd’hui. La troisième a pour titre « Ophélie se lâche ». Et quand on clique dessus, on tombe sur une interview de la chanteuse, avec, en colonne de droite, cette fois, le titre « Ophélie Winter montre sa chatte ». Oui, oui, vous avez bien lu ! Et nous sommes sur le site de La Libre Belgique. Pas sur celui d’un quelconque tabloïd anglais.
Décidément, on a l’impression que les publications jusqu’ici les plus respectées sont prêtes à tout pour essayer d’augmenter leur audience. Et si, au contraire, cela se révélait contre-productif et leur faisait perdre leurs lecteurs les plus fidèles, offusqués par de telles dérives ?

samedi 24 janvier 2009

Coups de sabot, coups de chapeau !

Cela fait quelque temps déjà que je souhaitais instaurer ce petit baromètre à humeurs. Cette fois, c’est fait !

Mon premier coup de sabot sera pour Jean-Marc Nollet. Alors même que je viens d’acheter son tout récent livre Le green deal. Proposition pour une sortie de crises, je découvre avec étonnement dans le journal Le Soir une interview du chef de groupe Ecolo à la chambre où il déclare qu’ « Obama est plus proche du MR que d’aucun autre parti francophone. C’est un libéral. » 1 Se pourrait-il que Monsieur Nollet ignore que le terme « libéral » ne recouvre pas la même réalité des deux côtés de l’Atlantique ? 2

Quel superbe cadeau il offre là aux libéraux de notre petit Royaume : dire que Barack Obama, qui fait rêver des centaines de millions de personnes dans le monde, est proche d’eux ! Didier Reynders lui doit de chaleureux remerciements !

Par contre, pour les Ecolos, il n’est pas sûr que ces propos soient électoralement porteurs. Certes, tous ne pensent pas comme lui. « Ecolo est évidemment ravi du résultat de l’élection présidentielle américaine, écrit pour sa part Isabelle Durant sur son site Internet. L’accession de M. Obama à la Maison Blanche suscite un immense espoir partagé tant par le peuple américain que par le reste du Monde. (…) Cette élection est aussi une chance pour la Planète ».
Décidément, tout le monde est loin d’être sur la même longueur d’ondes du côté des Verts ! Le soir même de l’élection du nouveau président des Etats-Unis, une autre personnalité du parti, Josy Dubié, déclarait à la RTBF que « choisir entre Bush et Obama, c’était comme choisir entre la peste et le choléra » !

Il est évident que Barack Obama décevra. Nous en sommes tous conscients. Les attentes à son égard sont démesurées. Et la situation économique des Etats-Unis, particulièrement désastreuse.

Mais il incarne l’espoir, en des temps qui en offrent si peu. Et une formidable victoire sur le racisme. Et ça, c’est déjà inestimable. Dès les premiers jours de son mandat, il a de surcroît pris des mesures qui rompent avec la période sombre de George Bush : fermeture de Guantanamo, interdiction de la torture, transparence du gouvernement.

Même Fidel Castro ne s’y est pas trompé. L’ancien président cubain a tenu à saluer l’accession au pouvoir de B. Obama et a qualifié le nouveau locataire de la Maison Blanche d’ « homme sincère qui a beaucoup de bonnes idées. » Tout en ajoutant qu’ « en dépit de ses nobles intentions, de nombreuses questions restent sans réponse ». 3

« Nous assistons à un événement véritablement historique, non seulement pour les Etats-Unis, mais pour le monde entier », a pour sa part déclaré Nelson Mandela. « Vous, M. Le Président, avez apporté une nouvelle voix d’espoir, disant que nous pouvons réellement changer le monde et en faire un endroit meilleur ».

Changer le monde ? En faire un endroit meilleur ? N’est-ce pas le programme affiché par Ecolo ?

P.S. Joëlle Milquet, présidente du CDH, était à Washington lors de la prestation de serment d’Obama, comme le faisait remarquer David Coppi à Jean-Marc Nollet dans l’article du Soir. Et ce dernier de répondre: « Elle a un peu de temps à perdre. » S’est-il demandé, lui, combien de voix cette interview lui avait fait perdre ?


1. Le 21 janvier 2009, p. 6.
2. Le « liberal » américain se situe au centre-gauche, défend à la fois les libertés individuelles et un rôle actif de l’Etat pour réduire les inégalités et réguler l’économie.
3.
www.cubadebate.cu et Reuters, 22 janvier 09.

jeudi 1 janvier 2009

L'éblouissement culturel

« Pour la première fois de ma vie, j’ai osé mettre ma photo sur mon CV », s’exclamait un jeune Africain, au lendemain de l’élection de Barack Obama.
La scène se déroulait au Thé au Harem d’Archi Ahmed, un café-restaurant de Saint-Josse, lors d’une représentation de la pièce Missing, mise en scène et produite par le Brocoli Théâtre.
Ce soir-là, nous, le public, avons vécu des moments de pure magie. Ce spectacle était en effet l’aboutissement d’un travail de près de trois ans, entrepris à l’initiative de cette petite commune bruxelloise, et mené à bien par une compagnie de théâtre-action, avec la participation active des habitants. Pas les habitués des salles de spectacle. Non. Des volontaires recrutés dans des cours de français pour immigrés.
Issus des quatre coins du monde, une trentaine d’entre eux acceptèrent de jouer le jeu. Un réel défi lorsqu’on sait que cette pièce à inventer, écrire, monter, jouer avait pour thème les relations femmes-hommes. Dans un contexte culturel où la mixité reste taboue, les unes et les autres se réunirent séparément pendant trois mois. Chacun eut la parole. Et posa des questions à l’autre groupe par animateurs interposés. Rédigé par Gennaro Pitisci, le texte final de cette création collective évite les grands clichés, les prises de position à l’emporte-pièce et séduit par le sens de l’écoute dont il témoigne.
Lorsque les répétitions théâtrales mixtes commencèrent,
les pressions sociales se firent pesantes. Certains n’avaient pas dit à leur famille qu’ils participaient à la création d’un spectacle, laissant penser à leur entourage qu’ils se rendaient à leur cours de français. D’autres, surtout lorsqu’ils découvrirent la grande salle du théâtre Le Public, où devait se jouer la première de la pièce, eurent brusquement peur d’assumer une prise de parole en public. Tant et si bien que la trentaine de participants du départ fondit comme glace sur la langue. Seuls deux d’entre eux restèrent jusqu’au bout. Les deux acteurs principaux, qui jouent tous les rôles de la pièce, soutenus par un chœur d’une vingtaine de personnes, représentant ceux qui s’éclipsèrent au fur et à mesure. Deux figures inouïes : Meryem, une jeune femme turque, ne parlant pas le français, mais qui a parfaitement appris son texte et le restitue avec un charisme et une présence sur scène extraordinaires. Et Hamid, venu assister aux répétitions bracelet électronique au pied, et qui n’a fait part aux autres membres du groupe de son statut de prisonnier que le jour où on lui a enlevé son moderne boulet. Evoqué lors du spectacle, je pensais que cet épisode faisait partie de la fiction théâtrale. Mais non. Nous étions en plein dans la réalité.
Cette pièce, qui mêle avec brio le récit de l’atelier et la fiction collectivement inventée, n’est-elle pas une illustration quasi parfaite - emblématique - du droit à l’épanouissement culturel de tous les citoyens, à commencer par les plus défavorisés, fragilisés, marginalisés ? Elle a en effet permis à des personnes n’ayant jamais mis le pied dans un théâtre, non seulement d’assister au spectacle, mais aussi pour certains d’y participer en tant qu’acteurs.
« Missing illustre l’importance du dire et nous rappelle que tout ce qui paraît impossible à changer en ce monde peut être exprimé, revisité, transformé, souligne Gennaro Pitisci. Cette quête relève d’un engagement artistique et politique qui traduit notre fascination pour tout ce qui relie les hommes. »


PS : Envie d'assister à la prochaine représentation? Brocoli@skynet.be ou 02 539 36 87. Le texte est également devenu livre, grâce à La mesure du possible, une petite maison d’éditions originale et courageuse, qui s’est spécialisée dans la publication de paroles collectives : récits de vies de migrants, d’ouvrières en lutte, ou d’habitants expulsés. « Toutes choses parfaitement invendables et totalement hors du marché », comme le souligne, avec un sourire malicieux, l’éditeur, Paul Hermant (courrierlautresite@skynet.be).