La Belgique vient de perdre Fortis, un de ses derniers joyaux financiers. La semaine précédente, nombre de citoyens avaient salué la décision des gouvernements belges, luxembourgeois et néerlandais de nationaliser partiellement cette banque. Mais la satisfaction n’a été que de bien courte durée. Fallait-il vraiment brader Fortis à BNP Paribas ? L’Etat n’aurait-il pas pu la nationaliser ?
Souvenez-vous : au début des années 1990, la Suède avait traversé des turbulences financières considérables. Et avait réagi en nationalisant de nombreuses institutions bancaires. L’Etat y était notamment devenu actionnaire à 100% de Nordea, une banque qui avait ensuite joliment prospéré. Et dont l’Etat avait revendu 80% du capital quelques années plus tard. Avec un coquet bénéfice pour le trésor public.
En Belgique, des centaines de milliers de petits épargnants qui avaient investi dans des actions Fortis ont été stupéfaits d’apprendre la vente de la première institution financière du pays. Pensez, à aucun moment ils n’avaient été consultés : aucune assemblée générale n’a à ce jour été convoquée ! Le gouvernement a invoqué l’urgence. Mais, face à cette démarche à la légalité douteuse, les associations de défense des petits porteurs et des consommateurs, Deminor et Test Achat, réfléchissent à une riposte. Quant à l’avocat M. Modrikamen, il envisage, ni plus ni moins, une action en référé, en vue d’obtenir la suspension de la cession de Fortis à BNP Paribas.
L’exception belge
Mais quelle mouche a donc piqué nos hommes politiques ?
Il se raconte que Didier Reynders, le ministre des Finances, était opposé à toute nationalisation. Pourtant, même les plus ardents défenseurs du libre marché – Irlande et Grande-Bretagne en tête – n’ont-ils pas eu l’intelligence d’enfreindre leur dogme, jusque là sacro-saint, et de nationaliser les banques les plus menacées ? Dans la crise actuelle, la Belgique est jusqu’à présent le seul pays d’Europe à avoir dépecé puis revendu – à vil prix de surcroît – un de ses fleurons financiers à des intérêts étrangers. Néerlandais, d’abord. Français, ensuite. « La Belgique est redevenue un nain bancaire, écrivait à ce propos le quotidien libéral-populiste néerlandais De Telegraaf. Après avoir vendu leur acier et leurs groupes énergétiques dans les années 1980 et 1990, les Belges ne jouent plus un rôle mondial que dans le secteur de la bière. »
Quand la crise financière sera passée et que les citoyens belges réaliseront pleinement l’ampleur du dépeçage qui vient de se produire et la perte économique majeure qu’il a engendrée, quelle sera leur réaction ? C’est tout le système démocratique qui pourrait en être ébranlé. Car, à l’exception d’Ecolo et du Front national, tous les partis francophones participent au gouvernement fédéral. Et sont donc à ce titre collectivement responsables des décisions qui viennent d’être prises.
« Nous avons appris de la crise économique mondiale des années 1920 qu’une menace incroyable pour l’ensemble de la société peut résulter d’une crise économique, avertissait récemment Wolfgang Schäuble, le ministre allemand de l’Intérieur. Les conséquences de cette dépression étaient Adolf Hitler et, indirectement, la Seconde guerre mondiale et Auschwitz », poursuivait-il. A méditer, de toute urgence !
lundi 13 octobre 2008
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)

0 commentaires:
Enregistrer un commentaire