L’arrestation de DSK à New York, pour agression sexuelle, a bien sûr fait l’effet d’un tsunami parmi la gauche française.
Face au drame personnel cataclysmique que vit actuellement cet homme, je conçois qu’il puisse paraître choquant, voire déplacé de se demander pourquoi le PS a attendu ce scandale pour s’interroger sur la personnalité et les qualités de son pré-candidat. Pourtant, n’est-ce pas le choix de DSK comme candidat socialiste aux prochaines élections qui aurait dû être perçu comme choquant, voire déplacé ?
Peut-on, en effet, être un homme de gauche et diriger le FMI? Ayant travaillé pendant treize ans dans divers projets de développement, en Afrique subsaharienne, j’étais aux première loges pour constater de visu, sur le terrain, les effets ravageurs des politiques d’ajustement structurel imposées par le FMI. Ces programmes, dont l’austérité budgétaire et la privatisation des entreprises publiques étaient les maîtres-mots, ont accentué la fracture sociale. S’ils avaient pour principale finalité de rendre les Pays les moins avancés (PMA) capables de rembourser leur dette, ces plans ont aussi provoqué d’incontestables dégâts économiques et sociaux « collatéraux ».
Lorsqu’on retrace le parcours de DSK, on s’aperçoit qu’il n’a pas attendu d’être au FMI pour s’illustrer comme champion de la libéralisation et des privatisations tous azimuts. Ministre français de l’Economie et des Finances, il avait déjà inscrit à son palmarès la privatisation d’aussi beaux fleurons que France Telecom, Thomson, Air France, le Crédit lyonnais ou l’Aérospatiale.
« J’ai toujours refusé de me livrer au décompte des privatisations respectivement opérées par la droite et la gauche », écrit-il en page 293 de son livre La flamme et la cendre, (Grasset, 2002). « Il n’a pas tort, commente pour sa part Jean Gadrey, professeur émérite d’économie à l’Université de Lille I, car l’exercice, effectué par d’autres, le met largement en tête des «privatiseurs » selon tous les critères, qu’il s’agisse des banques et assurances ou de l’industrie. »
Dans une série de trois blogs très documentés, intitulés « Le profil d’économiste de DSK », et rédigés pour Alternatives économiques les 7, 10 et 13 mai, juste avant que le scandale n’éclate, Jean Gadrey démontre que DSK a toujours été au service des puissances de l’argent. Il y rappelle, parmi beaucoup d’autres considérations, la fiscalité avantageuse mise en place par DSK en faveur des plus nantis, et notamment les fameux stock-options, qui avaient suscité une telle opposition dans les rangs du PS que Laurent Fabius, succédant à DSK en 2000, avait selon ses propres termes « mis fin à cette situation injuste grâce à un nouveau régime ».
Sans même parler de son mode de vie bling-bling et vroum-vroum, qui avait défrayé la chronique la semaine dernière, juste avant le séisme de ce WE, le constat s’impose : DSK n’a jamais été réellement un homme de gauche. Et son élection à la présidence de la République française aurait probablement suscité autant de déceptions et brouillé pareillement les cartes que le règne de Tony Blair.
Alors pourquoi le PS l’a-t-il pressenti comme candidat ? Serait-ce faire un mauvais procès à ce parti que d’avancer que c’est par ambition ? Tous les sondages s’accordaient à dire que DSK avait de grandes chances face aux candidats de droite et d’extrême droite. Le choisir comme challenger, c’était donner au Parti socialiste de sérieuses chances de retrouver le chemin du pouvoir.
Dans l’espoir de remporter les clés de l’Elysée et de Matignon, le PS a dès lors pris le risque de vendre son âme. Mais aussi de fermer les yeux sur les «antécédents» de son candidat. Car son comportement à l’égard des femmes était connu de toute la presse, donc bien sûr aussi des membres du PS. Respectant pleinement la présomption d’innocence, je ne parle pas de la dernière « affaire » en date, par laquelle le scandale – et quel scandale ! - est arrivé. Non. Mais bien des précédentes.
Jean Quatremer, l’excellent correspondant à Bruxelles du quotidien Libération, fut un des premiers à avoir osé écrire sur cette délicate question. En 2007, il notait sur son blog : « Le seul vrai problème de Strauss-Kahn est son rapport aux femmes. Trop pressant, il frôle souvent le harcèlement. » Et il ajoutait : « Un travers connu des médias, mais dont personne ne parle (on est en France). »
Ceux qui souhaiteraient en savoir davantage peuvent se reporter à l’édifiant article « Strauss-Kahn et les femmes : les histoires de trop », publié par le site Rue89, le 15 mai. Le journaliste Zineb Dryef y raconte notamment l’histoire de Tristane Banon, journaliste française que DSK aurait tenté de violer en 2002 et que sa mère, élue socialiste, avait à l’époque dissuadée de porter plainte !
A l’heure où la société civile multiplie les campagnes contre les violences faites aux femmes, il est pour le moins surprenant que les femmes du PS, Martine Aubry en tête, ne se soient pas opposées à la candidature d’un tel homme. Pis, qu’elles aient soutenu celui que Tristane Banon n’a pas hésité à décrire crûment comme « un chimpanzé en rut », lors d’une émission animée par Thierry Ardisson sur Paris Première, et dont la vidéo peut être visionnée sur le site de Rue89.
Ni homme de gauche, ni gentleman, vous disais-je en titre. Je reviendrai dans les jours prochains sur le navrant et très ordinaire machisme de la société française.
mardi 17 mai 2011
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2 commentaires:
Est-il vraiment antinomique de porter des idées de gauche en utilisant des moyens apparentés au capitalisme ?
Voilà qui augure d'un beau débat, à mener de vive voix lors de notre prochaine rencontre ! Bisous
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